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Billets et enseignements
Mis à jour le 5 février 2006 |
Mai 2005
Le regard et la prière
Nos yeux et le regard que nous
portons grâce à eux sur le monde, les autres, Dieu, nous-même, jouent un rôle
déterminant dans un itinéraire de prière. Il ne s’agit pas de fermer les yeux
pour mieux prier, pour oublier toutes nos images du monde, mais de les tenir
ouverts sous le regard de Dieu.
Un regard de bonté
Difficile de ne pas évoquer ici le commencement de la Bible et le premier
regard qu’elle nous donne à voir. Ce n’est pas le regard d’un homme, mais celui
du Créateur qui se réjouit de sa création, de ce qu’il est en train de faire : “
Dieu vit que la lumière était bonne ”. Cela ira même après la création de l’être
humain à “ Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon ”.
Apprendre à regarder comme Dieu le fait, c’est d’abord s’émerveiller de ce qui
se fait et de ce que nous faisons. Se réjouir de ce qu’il y a de bon. Bien sûr
le mal est visible. Nul n’est aveugle. Mais il s’agit avant tout d’éduquer notre
regard à la bonté pour entrer dans la manière de voir de Dieu.
Un regard d’action
Regarder est souvent synonyme de passivité et d’inaction. N’est-ce pas le
propre des contemplatifs de s’abîmer dans leurs prières en se retirant de toutes
actions ? Or dans la Bible, Dieu ne cesse d’agir à cause de ce qu’il voit ! Il
voit la misère de son peuple en Egypte ? Il répond à cette détresse en envoyant
Moise le libérer. Jésus agira de même. Il voit Simon et André ? Il leur dit “
Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheur d’hommes ” (Marc 1, 16-17). Il
voit une foule nombreuse ? Il en a pitié car ils sont comme des brebis sans
berger et se met à les enseigner longuement (Marc 6,34).
Ce que notre regard nous donne à voir nous touche, éveille en nous des
mouvements, des désirs qui conduisent à l’action ou à l’inaction.
Un regard intérieur
Il est un autre regard qui loin de nous projeter sur l’univers extérieur,
nous conduit à observer patiemment notre monde intérieur, pour voir ce qui s’y
passe et agir en conséquence. Ignace de Loyola en fait l’expérience sur son lit
de convalescence. Tantôt il rêve à des exploits de noble chevalier désireux de
conquérir le cœur de belles dames, tantôt il repense aux seuls livres qu’on a pu
lui donner pour passer le temps, des livres de la vie de saints ! Et voilà ce
qui se passe :
“ Quand je pensais à ce qui est du monde je m’y délectais; mais quand ensuite,
fatigué, je le laissais, je me trouvais sec et mécontent. Mais quand je pensais
aller nu-pieds à Jérusalem, à ne manger que des herbes, à faire toutes les
autres austérités que je voyais avoir été faites par les saints, non seulement
j’étais consolé quand je me trouvais dans de telles pensées, mais encore, après
les avoir laissées, je restais content et allègre. Mais je ne faisais pas
attention à cela et ne m’arrêtais pas à peser cette différence jusqu’à ce que,
une fois, mes yeux s’ouvrirent un peu : je commençai à m’étonner de cette
diversité et à faire réflexion sur elle; saisissant par expérience qu’après
certaines pensées je restais triste et après d’autres allègre, j’en vins peu à
peu à connaître la diversité des esprits qui m’agitaient, l’un du démon, l’autre
de Dieu. ” (D’après Le Récit, vie d’Ignace de Loyola racontée par lui-même, § 8,
Collection Christus n°65, DDB, 1988.)
Profitons de cette retraite pour clarifier notre regard. Le mettre à l’école de
Dieu (voir la bonté et consentir à agir selon ce qu’on voit). Le tourner vers
nous-même pour découvrir ce qui nous met en mouvement. Et espérer par là que “
nos yeux s’ouvrent un peu ”.
Prier avec son quotidien : le corps et la prière
Pourquoi parler du corps ? Serait-ce
pour céder à la mode “ zen ”, au new-age, au retour à la nature ? Non. Commencer
un itinéraire de prière en évoquant le corps, c’est partir du cœur de la
tradition judéo-chrétienne. La Bible, ancien comme nouveau testament, ne cesse
de mettre le corps au centre de la relation de Dieu avec chacun. Il est donc bon
de prendre suffisamment de temps pour s’en rendre compte, pour nouer une
véritable relation au Seigneur.
Corps : signe de la création de Dieu
Le corps n’est pas qu’un “ tas de chair ”, il est d’abord le signe de la
création voulue par Dieu. Rappelons-nous : Dieu a modelé Adam - littéralement le
“ terreux ” - à son image, à sa ressemblance, il lui a insufflé dans ses narines
une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant : ce second récit de la
création raconte à sa manière la signification de notre corps qui respire.
Les deux pieds plantés sur terre et la tête tendue vers le ciel, notre corps,
fait pour être debout, exprime notre appartenance à la terre et notre désir
d’aller vers quelque chose (quelqu’un ?) qui nous dépasse.
Corps : capacité de relation aux autres
Le corps n’est pas un obstacle à la relation, il en est bien au contraire le
vecteur. Il n’y a pas que nos paroles qui parlent, mais aussi tous nos gestes :
poignée de mains, salut de la tête, sourire, clin d’œil… Rien ne peut remplacer
la relation physique pour qu’une relation puisse être qualifiée d’humaine. Rêver
de s’en dispenser, c’est nier notre condition de créature, se prendre pour un
pur esprit.
Dans sa finitude, le corps est ce qui permet de s’ouvrir à la communication, à
des espaces infinis. Pensons à nos pieds qui permettent de se déplacer, aux
mains qui transforment le monde créé…
Corps : espace d’intériorisation
Le corps nous ouvre un immense espace intérieur où résonnent toutes nos
expériences du monde créé. Mémoire et sentiments appartiennent à ce langage du
corps qui nous met en relation avec nous-même.
Méditer dans son coeur, faire taire ce qui nous détourne de ce lieu intérieur
qui nous constitue, écouter en profondeur, savourer des paroles, les laisser
résonner… autant d’expressions qui traduisent la capacité de se recueillir,
d’entendre la vie à l’œuvre en nous. Retour sur soi indispensable.
Corps : lieu privilégié de l’Esprit
Pour les chrétiens, le corps revêt une dimension supplémentaire. Il est le
lieu où l’Esprit de Dieu s’incarne. L’Esprit prend corps dans notre corps : il
le transforme et le renouvelle.
L’incarnation qui s’est accomplie en Jésus, homme que nous appelons Christ, la
parole qui s’est faite corps, est un mouvement qui continue de s’accomplir dans
l’histoire. Car à chaque fois que nous livrons notre corps au travail de l’Esprit,
nous entrons à notre tour dans le dynamisme de l’incarnation.
Essayons chaque jour de nous rendre attentif à notre corps : quel soin en
prenons-nous ? quelle place lui laissons-nous dans notre quotidien ? Comment
l’impliquons-nous dans notre manière de vivre, de prier ? Habitons notre corps
pour que Dieu puisse venir y faire sa demeure.