Lettres et enseignements 2003
Année 2002

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JOYEUSES PAQUES
Pâques : Christ est ressuscité !
20 avril 2003

La résurrection ne signifie pas la réanimation d'un cadavre, un mort revenant à la vie dans les conditions où il se trouvait avant de mourir. La résurrection du Christ bouleverse radicalement ces conditions. Certes, le Ressuscité est bien réel, il se laisse toucher par Thomas, il partage la nourriture avec ses disciples et pourtant il est différent, " sous une autre forme ", dit la finale de Marc, de sorte que Marie de Magdala le prend pour le jardinier, et les pèlerins d'Emmaüs pour un voyageur mal informé. Il échappe à l'espace et au temps qui séparent, il les transforme en moyens de rencontre, en chemins de communion. En lui le divin et l'humain s'unissent définitivement, l'humain trouve ainsi son accomplissement et cette humanité transfigurée, déifiée, pénètre désormais, " travaille " désormais les profondeurs de l'histoire, comme on dit d'une femme qu'elle est " en travail " - et c'est la Femme à la fois persécutée et " vêtue de soleil " dont parle l'A...

Mais alors, pourquoi la résurrection reste-t-elle comme secrète? Par respect pour notre liberté. Le Ressuscité ne s'impose pas. Il ne se montre pas aux puissants de ce monde, il se révèle seulement à ceux qui l'accueillent dans la foi et l'amour. Ce n'est pas la résurrection qui provoque la foi, c'est la foi qui permet à la résurrection de se manifester. Jésus nous appelle doucement, comme il appela Marie la Magdaléenne : alors seulement, " elle se retourna ", son cœur se retourna - le reconnut. Et c'est au moment où il rompt le pain, dans une auberge de hasard, que les pèlerins d'Emmaüs le reconnaissent - et qu'il disparaît, désormais présent dans l'eucharistie, dans l'Esprit, dans les " mystères " de l'Église.

Dans l'Église en effet, son humanité, qui est la nôtre, son humanité à la fois crucifiée et glorifiée devient pour nous la source de la Vie. Et certes, la mort règne toujours, et tout nous rappelle sa présence : la séparation, la tristesse, la disparition de ceux que nous aimons, les tragédies si souvent atroces de l'histoire, la haine de soi, des autres. Mais toutes ces situations, si nous les traversons dans la confiance au Ressuscité, si nous acceptons de nous recevoir de lui, peuvent devenir des chemins de Résurrection. Le Christ est ressuscité, la mort spirituelle est vaincue, la mort n'est plus que le voile déchiré de l'amour. Alors, au fond de nous, l'angoisse devient confiance, nous n'avons plus besoin d'esclaves ni d'ennemis. On croyait qu'il n'y avait pas d'issue, mais il est là, lui, notre ami, notre lieu - " venez à moi vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous donnerai du repos " - et sa présence est une ouverture de lumière. " Hier j'étais ense......


A mes Amis au Liban (Avril 2003)

Voici l'an 2003 bien avancé et la brûlure d'Amour qui dévore mon coeur, douloureuse mais joyeuse, me pousse à vous parler, à vous mes amis au Liban qui avez ma vie depuis déjà 17 ans. Le sang de mon coeur et de mes yeux sera ici le vin de mes paroles.

Votre destinée est devenue la mienne. Oui, depuis dix sept ans, ma vie est devenue une alliance de feu entre le coeur du Christ, mon coeur et le Liban blessé. Je risque de vous surprendre en vous avouant, au fil d'un quotidien parfois très difficile, que mes amis musulmans, Khalid+Fawaz+Haissam… m'ont réconfortée et appris à exprimer ma foi en réponse d'ouverture ou encore d'abandon à Dieu. Et dans le ciel de mon âme d'ermite se vit la communion des saints où musulmans et chrétiens se retrouvent Fils d'un même père!

Ainsi aujourd'hui, le "l’ermitage Notre Père" réalise cette folle espérance, celle de notre rencontre, croyants musulmans et chrétiens, pour marcher ensemble vers l'au-delà de la différence visible, vers la communion ultime de la terre promise.

Comment se mettre à l'école de de l'Autre et vivre une conversion réciproque? L'Amour de l'Autre est un chemin qui va jusqu'au sacrifice, jusqu'au bout. Nous avons le devoir de suivre ce chemin de paix, de l'Amour de Dieu et de l'homme dans ses différences: chacun de nous est une maison de prières, un temple sacré de l'Esprit, une synagogue, une cathédrale, une mosquée, c'est à dire que nous sommes bâtis par et pour Dieu.

Prier et Aimer en vérité, c'est tout Un! Alors venons-en à une Parole commune. De nombreux musulmans aimeraient faire entendre aux juifs et aux chrétiens l'invitation pressante que Dieu leur a confiée dans le Coran à l'intention des gens du Livre: "ô gens du Livre, Venez en à une Parole commune entre nous et vous." (3, 64).

Jean-Paul II lui-même nous invite à ce vrai dialogue avec nos frères musulmans, sans ambiguités ni syncrétisme: "Ils ont comme vous la foi d'Abraham dans le Dieu unique, Tout Puissant, et Miséricordieux".

Rentrons donc dans une prière du coeur et d'abandon car c'est cette prière d'humilité et qui fait de la différence un chemin d'unité, dans la foi en une communauté humaine de création et de résurrection.

Tel est l'Esprit de «l’ermitage Notre Père»: apprendre à vivre une "unité différenciée sans fusion ni confusion, sans exclusion ni domination mais dans la distinction et la communion", grandir ensemble dans l'Amour et la Vérité, et ainsi devenus pierres vivantes de l'édifice, bâtir ensemble la civilisation de l'Amour où chaque homme sera accueilli, reconnu et aimé tel qu'il est au coeur d'une recherche sincère et toujours transformante!

A la Seule Gloire de notre Dieu Unique.

Une ermite